Des fois, on sert à quelque chose et on ...
frime? Se la pète? Se vante? Crâne? Là, je préviens les âmes sensibles : je vais me la péter genre incrédible....
J'entends déjà les commentaires amusés, voire cyniques " ça ne change pas trop...". Et bien oui, aujourd'hui je suis fière de moi. En fait, non, je suis fière de moi jeudi mais comme cette phrase est fort peu française au demeurant... Aujourd'hui, en plus de mon bonheur théâtral, j'ai eu un bonheur, un vrai, un de ceux qui font qu'on se sent utile et que ptet on a fait un petit pas pour que le genre humain ne dégénère pas trop vite.
Je suis fière, non parce que j'ai appris ce qu'est un "daron" ( Nan, je savais pô! Mais maintenant oui! Mes élèves sont une mine d'argot !!!), ni parce que je sais le mettre au féminin ( "daronne" : ça vous en bouche un coin?! Là, c'est le moment où j'ai repris la main dans mon cours. Avant mes pious avaient l'impression d'être à ma place et de m'apprendre des choses : sympa le concept en fait!),
Non, je suis fière parce que, à mon petit niveau, j'ai fait changer les mentalités. En ce moment, mes troisièmes bossent sur la poésie engagée comme moyen de dénonciation et de développement de la tolérance. Oui, je sais , c'est génial! C'est normal, c'est moi qui fais les cours... lol! Plus sérieusement, je trouve ça super important, moi. Pour les accrocher, j'utilise des chansons ou des poèmes mis en musique, ça leurre l'ennemi qui croit qu'on va s'amuser... Moi, Siouuuuuuuuuuu à la ruse du cow-boy!
Bref, nous étudions, Né en 17 à Leidenstadt de Goldman jeudi aprem'. On mate le clip (magnifiquement fait, faut le dire et très très accessible pour mes élèves), on torture le texte, on analyse, on revoit les notions historiques de combats en Irlande, l'apartheid, la Shoa, la guerre 14 : bref, on est trop forts. Les petits sont attentifs, voire, intéressés et intéressants tellement qu'on prend de l'avance et qu'il me reste quinze minutes de cours. J'organise un débat pour les aider à faire leur rédaction dans laquelle ils doivent dénoncer un fait qui les révolte, en musique, sur le modèle de Cendrillon de Téléphone en utilisant ce qu'on a vu en classe. Je leur demande de donner des idées, des notions qui les révoltent. Et là, c'est le drame! Moi, je m'attendais à des choses du style "le SIDA", "les pédophiles", "la faim dans le monde", "la guerre", toutes les maladies et injustices possibles et imaginables... Des trucs contre lesquels on peut s'insurger en raison de leur caractère injuste, quoi! Et voilà-t-il pas que j'entends, tout bas, au fond de la classe : "Moi c'est les PD que j'aime pas. ça me révolte, c'est dégueulasse". Là, je suis sortie de mes gonds! Ca leur a fait tout drôle, ils n'ont pas l'habitude que je crie pendant dix minutes sans m'arrêter et surtout que je refuse toute concession, même en entendant leurs arguments bidons et choquants! Franchement, on n'est plus au temps de Cro-Magnon pour être aussi intolérants, j'ai envie de dire CONS! Bref, laïus pendant dix minutes et quand ils sont sortis, je me suis dit que j'avais merdé en m'énervant. J'aurais du leur prouver qu'ils avaient tort de manière posée. Mais bon c'était fait...
Et aujourd'hui, l'une des élèves est venue me voir et m'a dit que finalement, elle avait réfléchi et que j'avais ptet raison. Ce qui équivaut, en langage élève : "Z'avez raison sur toute la ligne Madame mais je ne le reconnaitrai pas, j'suis pas une fayote et je vais pas reconnaitre que je suis une couillonne!" Faute avouée... Bref, mon petit discours a fait changer au moins une mentalité et j'ose espérer quelques autres qui n'osent pas se manifester. C'est pour ça que je me la pète! C'est déjà ça! Mais toute idée pour être plus efficace et leur montrer que la tolérance est une valeur à acquérir reste la bienvenue. Je ne lâcherai pas l'affaire tant qu'ils ne m'auront pas tous dit que j'ai raison et en soient convaincus : car j'ai raison. Et j'en suis fière!!!
Par Sév', Lundi 15 Octobre 2007 à 20:53 GMT+2 dans Working-girl (article, RSS)







